Patrimoine

Génoise de toiture : rôle, réparation et restauration

Génoise à deux rangs de tuiles canal sous le toit d'un mas en pierre des Alpilles

Levez les yeux dans une ruelle de Saint-Rémy, d’Eygalières ou de Maussane. Juste sous le bord du toit, vous verrez presque à chaque fois cette frise de tuiles rondes, posées en rangs qui avancent les uns sur les autres au-dessus de la façade. C’est la génoise. On passe devant sans la remarquer, et pourtant elle travaille tous les jours. Quand elle fatigue, c’est la façade qui trinque, puis le haut des murs, puis parfois la charpente.

Qu’est-ce qu’une génoise de toiture ?

Une génoise, c’est un débord de toit construit en maçonnerie. Au lieu de laisser dépasser les chevrons comme sur une maison de montagne, on scelle une, deux, trois rangées de tuiles canal en encorbellement, chacune un peu plus en avant que celle du dessous. Le tout est noyé dans un mortier de chaux, et la dernière rangée reçoit le bas de la couverture.

Le nom viendrait des maçons de Gênes, qui auraient répandu la technique sur le littoral et jusque dans l’arrière-pays. On raconte aussi que le nombre de rangs disait la richesse du propriétaire. Une jolie histoire, sans doute un peu arrangée, mais une chose est sûre : sur les mas et les bastides, les génoises à deux ou trois rangs sont la règle. Un couvreur à Saint-Rémy-de-Provence en restaure bien plus souvent qu’il n’en construit de neuves, parce que la plupart ont déjà plus d’un siècle.

À quoi sert une génoise ?

On la croit décorative. Elle l’est, mais ce n’est pas sa première raison d’être. Sur une maison ancienne en pierre, la génoise remplace la gouttière : elle jette l’eau de pluie assez loin pour qu’elle ne ruisselle pas sur le mur. Avec les gros orages d’automne qu’on connaît ici, ce n’est pas un détail.

Ce que fait une génoise en bon état

FonctionCe que ça protège
Éloigner l’eau de pluieL’enduit et les joints de la façade
Couvrir le haut du murL’arase, où reposent les bois de charpente
Former un débord sans bois apparentLes chevrons, à l’abri du soleil et de la pluie
Finir le toit dans le style localLe caractère du bâti, surveillé en secteur protégé

C’est le deuxième point qui compte le plus à mes yeux. Le haut du mur, juste sous la génoise, c’est là que la charpente prend appui. Si l’eau s’infiltre à cet endroit pendant des années, les pieds de chevrons pourrissent sans que personne ne s’en aperçoive depuis l’intérieur.

Les signes d’une génoise fatiguée

Une génoise ne s’effondre pas du jour au lendemain. Elle prévient. Encore faut-il savoir quoi regarder, et le mieux, c’est de le faire depuis la rue avec une paire de jumelles, sans monter sur une échelle.

Ce qu’on voit depuis le sol et ce que ça signifie

Ce que vous voyezCe que ça veut dire
Du sable ou des morceaux de mortier au pied du murLes joints se délitent, l’eau entre dans la maçonnerie
Une tuile cassée ou absente dans un rangLe rang perd sa tenue, les voisines vont suivre
Des coulures sombres sous le débordL’eau ne goutte plus loin du mur, elle le longe
Une fissure entre la génoise et la façadeUn mouvement du mur ou une ancienne reprise au ciment
Des herbes, des nids ou des guêpes dans les tuilesDes vides dans le mortier qui gardent l’humidité

À l’intérieur, surveillez les taches d’humidité en haut des murs, juste sous le plafond du dernier étage. On les prend souvent pour une fuite de toiture classique, alors que l’eau passe en réalité par la génoise et le haut du mur.

Un doute sur votre génoise ?

On vient la regarder de près, on sonde les joints et on vous dit s’il faut simplement la rejointoyer ou la reprendre. Diagnostic gratuit et devis clair sous 48h.

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Réparer ou refaire sa génoise ?

Bonne nouvelle : dans la majorité des cas, on répare. Quand les tuiles tiennent et que seuls les joints sont usés, on dégarnit le vieux mortier et on rejointoie à la chaux. S’il manque quelques tuiles, on les remplace par des tuiles anciennes de récupération, de même taille et de même teinte, pour que la reprise ne se voie pas.

La réfection complète devient nécessaire quand les rangs bougent, quand plusieurs tuiles sont cassées sur une grande longueur ou quand une ancienne réparation au ciment a fendu l’ensemble. On dépose alors la génoise rang par rang, on numérote parfois les tuiles, on refait l’arase du mur et on repose avec les tuiles saines complétées par des anciennes. C’est un travail lent, à la main, qui ne se fait pas par grand vent.

Et la génoise préfabriquée, me demande-t-on souvent ? Ces éléments moulés existent et se posent vite. Sur une construction neuve, pourquoi pas. Sur un mas ancien ou en centre historique, c’est autre chose : le rendu est trop régulier, et c’est l’une des erreurs à éviter en rénovation de toiture provençale.

Chaux ou ciment : le mortier qui change tout

S’il ne fallait retenir qu’une chose de cet article, ce serait celle-ci. Une génoise ancienne se reprend à la chaux naturelle, jamais au ciment. La chaux laisse le mur respirer et accompagne ses petits mouvements. Le ciment, lui, est dur et étanche : il fissure, l’eau s’infiltre derrière et ne ressort plus. On voit régulièrement des génoises « réparées » au ciment il y a vingt ans qui sont aujourd’hui en plus mauvais état que leurs voisines jamais touchées.

La teinte compte aussi. On mélange la chaux avec des sables locaux pour retrouver la couleur des joints d’origine. C’est le même principe que pour la rénovation de la toiture d’un mas provençal : on travaille avec le bâti, pas contre lui.

Génoise et gouttière, est-ce compatible ?

Historiquement, une maison à génoise n’a pas de gouttière, puisque la génoise fait le travail. Mais une terrasse en contrebas, une façade fraîchement enduite ou une entrée exposée justifient parfois d’en poser une. C’est possible, à condition de la fixer avec des crochets adaptés qui ne cassent pas les tuiles du dernier rang.

On privilégie le zinc ou le cuivre, plus discrets et plus durables que le PVC, qui est d’ailleurs souvent refusé en secteur protégé. Une fois posée, la gouttière demande un minimum de suivi, surtout sous les pins et les platanes. Nos conseils d’entretien des gouttières s’appliquent ici aussi.

Combien coûte la réparation d’une génoise ?

Le prix d’une génoise se calcule au mètre linéaire. Mais entre un rejointoiement de quelques mètres et la réfection complète d’une génoise à trois rangs sur un mas, l’écart est énorme. Plutôt qu’un chiffre qui ne voudrait rien dire, voici ce qui fait varier le devis.

Ce qui fait varier le prix d’une génoise

CritèreEffet sur le devis
Rejointoiement ou réfection complèteLe premier facteur, de loin
Nombre de rangsChaque rang ajoute des tuiles et du temps de pose
Hauteur et accèsUn échafaudage coûte plus qu’une nacelle ou une échelle
Tuiles anciennes à trouverLes tuiles de récupération se paient plus cher que les neuves
État de l’arase du murUne arase à reprendre allonge le chantier

Un conseil : faites-la contrôler quand vous prévoyez d’autres travaux sur le toit. L’échafaudage est déjà là, et c’est souvent lui qui pèse le plus sur une petite intervention.

Une génoise à restaurer dans les Alpilles ?

Guerri & Fils restaure les génoises à la chaux, avec des tuiles anciennes de récupération, dans le respect du bâti d’ici. Un appel et on passe voir.

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Génoise en secteur protégé : ce qu’attend l’ABF

À Saint-Rémy-de-Provence, une bonne partie du centre ancien et des abords des monuments, comme Glanum, les Antiques ou Saint-Paul-de-Mausole, se trouve dans un périmètre où l’Architecte des Bâtiments de France donne son avis sur les travaux. Une génoise visible depuis la rue fait partie de ce qu’il regarde.

En pratique, on attend une restauration à l’identique : même nombre de rangs, même débord, tuiles anciennes, mortier de chaux teinté. Le préfabriqué et le PVC sont presque toujours écartés. Une déclaration préalable en mairie est en général nécessaire dès que l’aspect extérieur change, et les règles varient d’un secteur à l’autre : renseignez-vous auprès du service urbanisme avant de lancer le chantier. Pour les bâtiments eux-mêmes classés, notre article sur l’agrément monument historique explique qui peut intervenir.

On vous accompagne volontiers dans ces démarches, en s’appuyant surnos interventions de couvreur dans les Alpilles, de Saint-Rémy à Eygalières en passant par Maillane.

Questions fréquentes sur la génoise de toiture

Pourquoi appelle-t-on ça une génoise ?

Le nom viendrait des maçons originaires de Gênes, en Italie, qui auraient diffusé cette façon de construire le débord de toit en Provence. L’origine exacte reste discutée, mais le mot est employé partout dans le Sud pour désigner ces rangs de tuiles sous le toit.

Combien de rangs doit avoir une génoise ?

On trouve le plus souvent un à trois rangs, plus rarement quatre sur les grandes demeures. Lors d’une restauration, on garde le nombre de rangs d’origine : c’est ce qui donne ses proportions à la façade, et c’est ce que demande l’ABF en secteur protégé.

Peut-on réparer une génoise soi-même ?

Le travail se fait en hauteur, au bord du toit, sur une maçonnerie parfois fragile. Remplacer une tuile reste à la portée d’un bricoleur bien équipé, mais un rejointoiement ou une reprise de rangs demande un échafaudage et la maîtrise de la chaux. Mieux vaut confier ce travail à un professionnel.

Une génoise préfabriquée est-elle une bonne idée ?

Sur une maison neuve, elle fait gagner du temps et le résultat est propre. Sur un bâtiment ancien, son aspect trop régulier dénote, et elle est généralement refusée en secteur protégé. Pour un mas ou une maison de village, on reste sur une génoise traditionnelle en tuiles canal.

Faut-il une autorisation pour refaire une génoise ?

Une réparation à l’identique ne demande souvent aucune démarche. Dès que l’aspect extérieur change, ou si la maison se trouve en secteur protégé, une déclaration préalable en mairie est en général nécessaire, avec l’avis de l’ABF le cas échéant. Le service urbanisme de votre commune vous dira ce qui s’applique.

Combien de temps dure une génoise bien faite ?

Une génoise montée à la chaux et entretenue traverse facilement plusieurs générations, beaucoup de celles qu’on restaure ont plus de cent ans. Un coup d’oeil tous les quelques années, et après les gros épisodes de mistral, suffit pour reprendre un joint ou une tuile avant que les dégâts ne s’étendent.

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